Morning tour with Enrico, ou comment dépasser ses limites
  

Morning tour with Enrico, ou comment dépasser ses limites

Gobabis, Namibie le 17/09/2014

 

Outre son projet de volontariat, la ferme de Harnas accueille également des touristes pour la journée ou pour un séjour plus long dans des cabines luxueuses. Des tours guidés du domaine sont donc organisés matin et après-midi afin de présenter les animaux aux visiteurs, et c’est également l’occasion de nourrir les carnivores des enclos extérieurs. Vu le nombre d’animaux résidant dans cette partie de la ferme (5 léopards, une dizaine de lions, une vingtaine de lycaons et 24 guépards) et par conséquent la quantité astronomique de viande, des volontaires sont également nécessaires pour mener à bien cette tâche. Le travail commence bien avant l’arrivée des touristes et n’est pas des plus agréable. C’est l’occasion de voir l’envers du décors. 4 ânes sont sacrifiés chaque jour pour combler l’appétit des carnivores de Harnas. La viande d’âne a été choisie car elle est bon marché, est maigre et ressemble à la viande de zèbre. Les ânes proviennent des fermes environnantes et sont amenés vivants à Harnas. Je m’arrange à chaque fois pour m’éclipser au moment de l’abattage. Vient ensuite le charmant moment de la charcute. C’est ainsi que chaque matin ou je suis choisie pour accompagner les tours guidés, j’assiste à la découpe de tête et de jambes d’âne (j’évite de déjeuner ces jours-là). Une remorque est amenée et les volontaires doivent charger les morceaux en prenant bien soin de les compter. Une portion de viande pour chaque félin correspond à une demi-cuisse, un demi-cou, un cul (oui un cul), des côtes ou une demi-tête d’âne. Les lycaons ont un régime plus particulier. Ce qu’ils apprécient, c’est les viscères. J’ai dû ravaler mon dégout et empoigner des kilos et des kilos d’intestins, de poumons et de reins afin de remplir correctement ma tâche.

Une fois que tous ces immondices sont bien dissimulés dans la remorque, je pars en général rapidement me changer car je finis recouverte de sang et d’autres substances innommables. Puis nous passons prendre les visiteurs à leurs cabines pour un tour de 3 heures à travers les 2000 hectares d’enclos extérieurs. Nous commençons par nourrir les lions. Des têtes et des jambes d’âne volent par-dessus la clôture et atterrissent directement dans la gueule des félins affamés. Une jambe d’âne c’est relativement lourd et plusieurs fois j’ai raté mon lancer sous l’hilarité générale. La tâche est similaire avec les léopards. C’est ensuite qu’arrive le moment tant redouté du nourrissage des lycaons. A l’arrivée de la jeep, les 18 canidés s’excitent et lancent des cris stridents à déchirer les tympans. C’est le moment d’entrer dans l’enclos. Je pioche au hasard dans mon seau en prenant soin de ne pas trop regarder ce que j’empoigne et lance ce que j’y trouve directement entre les crocs des lycaons. Si j’ai une bonne pioche, il s’agit d’intestins. Si c’est une mauvaise pioche, il s’agit d’un placenta contenant un fœtus d’âne (quand c’est le cas je fais en général des cauchemars pendant plusieurs jours).

        

        

                                             

 

La partie la plus cool (et le rush d’adrénaline) vient directement après, avec le nourrissage des 24 guépards. C’est avec la jeep que nous entrons dans l’enclos. Nous montons sur la remorque et préparons les seaux de viande, pendant que les guépards nous tournent autour et que le coordinateur Enrico fait rire les visiteurs avec ses blagues de volontaires dévorés. Le nourrissage se fait depuis une plateforme surélevée au milieu de l’enclos. Pour l’atteindre, il faut faire plusieurs mètres à pied, chargés de viande, au milieu de 24 guépards affamés et non apprivoisés. Trois d’entre nous s’arment de bâtons pendant que le quatrième ainsi relativement protégé transporte la viande jusqu’à la plateforme. Si un guépard s’approche trop près de l’un d’entre nous, il reçoit un coup de bâton sur le museau. C’est je pense le souvenir le plus intense que je garderai de Harnas. Ce moment ou armée d’un simple bâton je me retrouvais encerclée de 24 félins affamés et miaulant (les guépards sont incapables de rugir). Un moment de concentration intense, de palpitations cardiaques et de fascination devant ces magnifiques animaux.

 

                                              Cheetahs 

 

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